Bonjour et bienvenue

« Si je ne suis pour moi, qui le sera ?
Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ?
Et si pas maintenant, alors quand
? »

(Hillel, Les Maximes des Pères)

Alors voici ce blog. Pour moi. Pour toi, lecteur. Pour ici, et maintenant.


mercredi 6 mai 2015

Ces obsessions qui nous font vivre


Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours été extrême.
Les excès, l'absence totale de modération et d'équilibre sont mon quotidien, ma vie. Avec plus ou moins d'intensité, évidemment.
Je vais faire un parallèle avec une œuvre documentaire, puis vous expliquer pourquoi…

 
Turn adversity into advantage

Dans l'excellent opus Israel Inside, œuvre documentaire apolitique de Tal Ben Shahar, le chercheur se penche (une fois n'est pas coutume) sur autre chose que la psychologie positive.

Le constat est simple : parmi les entreprises cotées au Nasdaq, Israël est le 3ème pays (en termes de pays d'immatriculation), derrière les États-Unis et la Chine.

Tel Aviv est la capitale européenne du Venture Capital. Any idea why?

Tal Ben Shahar, dans une démarche scientifique, nous propose 6 actualizers. Qui sont autant d'éléments favorisant l'émergence de jeunes pousses dynamiques et entreprenantes.

[ATTENTION Spoiler]

 Les actualizers identifiés sont:
- family
- turn adversity into advantage
- chutzpah
- education
- take action
- tikkun olam (la "réparation" du monde)

Prudence !
Tal Ben Shahar ne dit pas que ces éléments sont uniques à Israël. Il dit simplement que ces éléments :
1. se cumulent
2. avec forte intensité dans ce pays...
 
(Que ceux qui le souhaitent se manifestent : j'ai leur prêterai avec plaisir un exemplaire de ce documentaire de 38 minutées... )

 
Revenons à notre propos liminaire : je réalise, tardivement hélas, qu'on ne change pas.
Et que toutes ces années à vouloir me "guérir", m'affranchir de cette dimension compulsive, obsessionnelle et addictive étaient vaines.

Il ne sert à rien de lutter : la nature revient toujours au galop.
Comme au judo - il faut se servir de la puissance de l'adversaire pour gagner.
ð  la seule démarche à adopter - et que je pense avoir apprivoisé dans un réflexe de survie - c'est Turn Adversity into Advantage

Mes obsessions, mes addictions : et si j’en faisais des forces?
Et si je les assumais, pour en faire des alliées pour atteindre mes objectifs?
Oscar Wilde ne disait-il pas que « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder » ?

Je suis accroc aux livres. Ok, faisons de bonnes études, essayons de ch
Je suis accroc au sport. Ok, servons-en nous pour garder une silhouette de rêve malgré 3 enfants.
Bon, évidemment le propos se complique lorsqu'on évoque l'addiction à la maigreur (anorexie) ou à des substances psychotropes.

Aujourd'hui, je pense pouvoir lister mes addictions. Et plutôt que d'essayer de lutter, je les cultive.
Chant, danse, sexe, sport, alcool, fêtes, écriture, glaces (oui, oui, je revendique une addiction aux glaces…)
Entre autres.

 
Ma boulimie d’activités ne me fait plus peur. Je fonctionne ainsi. Et je l’assume.
Et si, un jour, je dois voler dans le décor pour m’être perdue dans 1000 projets différents. Alors soit.
J’en aurais profité. J’aurais vécu, vibré, bougé.
Non sans avoir remercié mon Créateur de m’avoir donné la chance de vivre ces moments-là
Non sans avoir partagé avec mes proches ma joie de vivre intensément cette vie terrestre.
Non sans avoir essayé de donner et de transmettre autant que j’ai reçu.
Merci pour tout.

lundi 4 mai 2015

Confessions on a train's floor

Dimanche 26 avril, 22h, RER A

Il est là, comme très souvent à ces heures tardives. Il fait la manche. Pas la peine de fouiller mes poches, je connais déjà la réponse : elles sont vides. Je viens de filer ma dernière pièce comme pourboire.

Alors, dépitée, je lui offre ce qu'il me reste. Un sourire que je veux réconfortant, baigné d'une lueur d'optimisme.

Il s'arrête à ma hauteur. Et (je me déteste pour cela!), je me justifie :
"Je n'ai pas de monnaie..."

 Je lis la déception dans son regard, alors j'enchaîne :

 "... Mais j'ai de la conversation. Vous vous asseyez une minute, je descends à la prochaine?"

 Et il s'assoit. Et nous avons une conversation de la lune. Il se présente.
"Je m'appelle Martial. Comme la loi..."

 (Pas drôle le mec, mais je fais semblant d'apprécier le bon mot)

 "Vous travaillez?
- Oui, je suis serveur à mi-temps, je gagne 600€ par mois. Mon hôtel me coûte 900€ par mois.
Alors je suis là, chaque jour à la sortie du travail. Vous voyez, là il est 22h. Cela fait 6h que je fais la manche. Et vu comme c'est parti, je suis encore là pour un bout de temps.
- Vous êtes courageux
- Je n'ai pas le choix...
- Si : vous trouvez un autre emploi, pour compléter le premier. Il y a bien des jobs possibles, non? 
Vous avez l'air sérieux, vous devriez pouvoir trouver un revenu complémentaire.
- Je m'estime déjà heureux d'avoir un emploi, même à mi-temps.
- Vous êtes positif, c'est une grande qualité
- Merci Mademoiselle
- Je descends là
- Je vous remercie pour votre gentillesse"

 

Lundi 27 avril, 00h30, RER A

A peine est-il entré dans mon wagon, que je tilte. Un large sourire vient barrer mon visage. Il me fait un clin d'œil, mais ne sacrifie pas son discours rituel d'entrée de wagon.

Il chemine entre les quelques passagers, moitié-bourrés, moitié endormis.

Arrivé à ma hauteur, il me lance un regard interrogateur. Je lui réponds :
"Aujourd'hui, je n'ai pas de conversation, mais j'ai de la monnaie!"

Il sourit, récupère mes piécettes, et poursuit son chemin.

 
C'est la première fois que je me dis, soudain, qu'il importe pour moi. Je suis francilienne, je sors souvent sur Paris. Je rentre souvent à des heures tardives. Et tout d'un coup, je réalise que de l'imaginer quelque part sur la ligne, peut être dans mon train, peut être dans mon wagon... Cela me fait du bien.

 Un peu comme un ange gardien. A minima, une présence bienveillante. Quand mon mari s'inquiète de mon retour tardif, peut être un jour lui renverrai-je un message
"Ne t'inquiète pas mon Namour, il y a Martial"

 
Samedi 2 mai, 00h30, RER A

Je n'ai que 3 stations ce soir. Et qui vois-je arriver dans ma direction?
Un Martial moins positif que d'habitude.

Je crois qu'il ne m'a pas encore vue
Lorsqu'il égrène sa litanie d'entrée de wagon.
Lorsqu'il entame sa marche anti-triomphale.
Lorsqu'il essuie, rangée après rangée, l'indifférence, le mépris, le refus.
Lorsqu'il ponctue ses derniers pas de "de toute façon, aujourd'hui, c'est pas mon jour de chance"

Et puis nous échangeons un regard. Je file la bonne blague commencée 6 jours plus tôt :
"Aujourd'hui, j'ai de la monnaie ET de la conversation"

 Il rayonne. Du moins, il essaie. Il me répète que c'est difficile aujourd'hui. Il me gratifie d'un "Heureusement que vous êtes là, Mademoiselle. Sur tout le train, il n'y a que vous qui ayez donné"

Je me sens importante. J'ai envie de lui dire qu'il est un peu devenu important pour moi aussi.

Mais Martial n'est pas en état d'écouter. Ce soir, il a besoin, LUI, d'être écouté. Alors il me raconte (en réalité il me répète) la quadrature du cercle qu'il doit résoudre chaque jour.
Et je réalise - non sans peine, mais je ne me fais guère d'illusions - qu'il ne se souvient pas me l'avoir raconté 5 jours plus tôt.

Je l'écoute et je l'encourage. Et j'ai l'impression qu'en quittant le wagon, il est un peu moins chagrin que quand il y est entré.

 
Au revoir, Martial.
À bientôt peut-être.

Bien qu'en réalité, je préfèrerais que ... ce ne soit jamais.
... Que tu n'aies plus besoin de mes piécettes pour vivre, ni de ma conversation pour te sentir écouté.

 
Donc au revoir.
Et surtout Merci pour les leçons de vie, que sont chacunes de nos rencontres

 

mardi 28 avril 2015

Honey girl


Encore un message écrit à bord du grand train

Qui file à toute allure, franchement ça craint!

Et je ne parle pas du RER qui se traîne

Mais de cette vie terrestre, qui s'égrène.

 

Hier j'étais enfant, un bébé, une graine

Et demain, je serai poussière, silence pérenne,

Alors je me bats et m'ébats - il le faut bien,

Pour construire et transmettre. Presque rien.

 

De l'amour. De l'amitié. Un grain

De folie. De l'ivresse. Un brin

De bienveillance et de tendresse.

Des mots, des regards, des caresses.

 

Mon amour, mes enfants chéris, vous ai-je donné

Le temps, l'attention, l'essentiel?

Ma famille, mes amis,  ai-je assez partagé

D'émotions, de douceur et de miel?


 

lundi 27 avril 2015

La perfection n'existe pas!


Il y a deux ans, mon mari et moi avons découvert le travail de Tal Ben Shahar. Adepte (père?) de la psychologie positive, ce chercheur / enseignant / auteur s'est illustré à travers des œuvres "orientées" bonheur : Apprentissage du bonheur, apprentissage de l'imperfection, etc.

 
Je confesse volontiers que - comme vous sans doute - je me méfie des auteurs de best-sellers prétendant nous apprendre à être heureux.

Aussi (oui, je suis lâche), ai-je  testé ces livres sur mes proches : je leur ai offert, en leur demandant de me faire un retour.


Lequel fut si élogieux (et venant de personnes réputées pour leur sens critique, cela ne peut être neutre), que mon mari et moi les avons lus également. Notre préféré?


 
Névrose symptomatique de notre génération? Maladie de notre société occidentale consumériste?

La perfection - du moins sa recherche - est érigée comme valeur phare. Synonyme d'exigence pour certains, reflet d'un goût de l'effort pour d'autres, la perfection est cette dimension portée aux nues par les censeurs de notre époque : enseignants, recruteurs, médias...

 
Avoir le parcours scolaire le plus prestigieux, la carrière la plus fulgurante, la plastique la plus bandante, la famille la plus "high level" et aimante, le conjoint le "plus", être les parents les "plus", avoir les enfants les "plus", les loisirs les "plus", etc.

 
Aucune limite à la perfection, qui s'affiche à outrance sur les réseaux sociaux -qu'on dirait inventés pour promouvoir cette perfection! Entre les  selfies sur FB (la plastique, donc), le CV sur Linkedin (la formation / la carrière), le  microblogging sur FB ou Twitter ou encore les photos de notre quotidien de rêve sur Instagram (illustration des conjoints, enfants et loisirs... et de notre répartie de compétition), la bataille vers la perfection fait rage!

Bataille en termes absolus, mais surtout relatifs (Suis-je aussi belle que? Gagne-je autant que?)

Ah oui, j'allais oublier la blogosphère parentale pour les parfaits parents que nous sommes ou que nous tentons d'être... Les études prouvent (qui est-ce que cela surprend?) que plus une personne passe de temps sur les réseaux sociaux, plus elle est susceptible de déprimer...

 
Prenons un raccourci (volontairement simpliste, donc) : la recherche de perfection serait-elle un frein au bonheur?
 
Je reconnais volontiers me fourvoyer comme 99% de mes semblables dans cette recherche effrénée de perfection. Mais je me soigne* (voir ADDENDUM, ci-dessous), merci.

Se soigner, c'est faire un travail sur soi pour s'extraire de ce schéma consumériste, de cette course. C'est apprendre à cultiver ce que Tal ben Shahar nomme l'optimalisme - par opposition au perfectionnisme.
 
Arrêter de vouloir - par orgueil, arrogance, par asservissement à un diktat culturel et social - être la meilleure dans tout ce que j'entreprends, dans tout ce que je suis. Accepter les échecs, accepter de prendre des risques et de me planter, accepter d'essayer et de me perdre, accepter de m'assumer dans tous mes défauts, toutes mes fragilités, toutes mes névroses.
 

Concrètement pour moi, l'optimalisme consiste à rechercher une forme d'harmonie.
C'est surtout accepter que je dois / nous devons faire des choix et des compromis.

Pourquoi je vous parle de cela?

Car nous étions en province ce week-end. Et j'ai kiffé grave.

Et je me suis rendue compte que - comme toujours - je veux la quadrature du cercle : un job ambitieux, qui paie bien. Et plein de possibilités pour évolouer. Et une super qualité de vie, avec peu de transports en commun, une maison avec jardin, la montagne à portée de main, une offre culturelle débordante, des lieux de vie par dizaines, une météo sympa, des écoles de haut niveau pour mes enfants, un environnement agréable, un voisinage sympathique, et surtout un cercle social de qualité.
 

Et j'ai réalisé qu'il fallait faire des choix.

NON, je ne peux pas avoir une carrière internationale et partir vivre en Province

NON (du moins, c'est difficile) je ne peux pas avoir les postes les plus ambitieux, et demander à quitter Paris.

NON, je n'aurai pas le même cercle social qu'à Paris en partant en province. Du moins, pas le premier jour, et pas en claquant des doigts.

OUI, il est possible d'avoir moins de 2h / 2h30 de transport en commun par jour et de vivre dans une maison qu'on peut s'offrir (en province)

OUI, il est possible d'avoir notre chalet en montagne à 3h de route, plutôt qu'à 9h de route (en province)

OUI, il est possible d'avoir une belle qualité de vie (en province).

 
Bref, et si j'apprenais à faire des choix?


 
ADDENDUM 

Se soigner, c'est aussi (et surtout) être capable d'être dans la bienveillance. Être capable de se réjouir du bonheur des autres : être sincèrement dans la joie pour les autres, avec les autres.

Se soigner, c'est savoir être dans la contemplation. C'est savoir suspendre son jugement, arrêter le temps, pour contempler la beauté. Beauté des moments, beauté (intérieure, extérieure) des personnes, des êtres vivants... mais aussi des paysages, des émotions, ...

Se soigner, c'est savoir que seule compte la qualité, pas la quantité. Jamais la quantité. C'est savoir faire moins de choses, mais en s'investissant à 100%. C'est savoir profiter du moment, en cessant pour un temps de se projeter. C'est arrêter de courir pour cocher les cases. Se soigner, c'est snobber les cases. C'est se donner le temps de chérir ce(ux) qu'on aime.

Petite Pastèque, encore en soins intensifs :)

 

dimanche 26 avril 2015

La mauvaise réputation

"Nul n'est prophète en son pays"
(Jésus de Nazareth)

"La vérité dérange"

"Non, les hommes n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux"

(Georges Brassens, La mauvaise réputation)


A vrai dire, je ne savais pas quel titre choisir pour cet article.

Ce week-end, pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai fait la fête avec ma fratrie (nous sommes 4). Genre la vraie grosse teuf, celle qui fait (très) mal au crâne le lendemain. Celle où tu as bien plané pendant des heures et t'as pas franchement envie d'atterrir (merci d'ailleurs le frangin, c'était OUF)

J'étais joyeuse.

Okay, j'étais carrément pompette. Et mon auto-censure (de rigueur, eh : on est en famille!) est partie dans le décor. Alors j'ai fait ce que j'aime faire. J'ai dansé avec les filles et les garçons. En mode serré avec les filles et les garçons.

Et bien je peux vous dire une chose : ça ne passe pas.

Voilà : je suis adulte et je m'assume (enfin, je crois).

Et ma fratrie est plutôt fière de moi...

Mais voir leur sœur chauffer les filles, ça leur a piqué les yeux. Aucune colère, aucune rancœur de ma part. Je les aime d'amour et ils ne sont que bienveillance à mon endroit. 


Je  "comprends". Et je m'interroge aussi.
Pourquoi ces rappels à l'ordre "Arrête, c'est trop la honte!"


Pour qui "trop la honte"?

Parce que personnellement, pas trop la honte, merci. Enfin, un peu la honte que mon légendaire déhanché se soit souvent transformé en titubations et en fous rires compulsifs (à peine bourrée!)
Mais pas honte de bouger en rythme avec des personnes qui ont du charme, et qui apprécient le contact. Bien au contraire.

Cet épisode me rappelle à quel point mes "positions" sont éloignées des projections transmises par nos parents.

J'ai un immense respect pour l'éducation que nos parents nous ont donnée. La clef de voûte en est le respect et la tolérance. Et nous faisons tous les quatre bon usage de notre libre-arbitre, de notre liberté de penser.

Mais, clairement, il demeure des sphères dans lesquelles les "projections" parentales conditionnent nos opinions, impliquent une certaine rigidité.

L'assouplissement des âmes et des cœurs est un travail au long cours. Détricoter ce qui a été laborieusement tricote, point par point prend du temps. Demande du travail, et du courage. 

De ma part (assumer!) et de leur part (accepter...)

Nous avons du pain sur la planche!

vendredi 24 avril 2015

Pour davantage d'égalitarisme dans nos religions

 Et dans nos vies...

Ce matin je voulais exprimer à une amie que j adore - et qui est juive orthodoxe - ce qui me tient loin du monde (juif) orthodoxe

Je me suis vite rendue compte que j'ouvrais une boîte de Pandore. Dans ma propre tête! :)

Et que cette réflexion était passionnante. Au début je lui ai proposé (par provocation) d'animer à la guitare et au chant une soirée. Pure provocation (ou humour, hein!) car dans le monde juif orthodoxe une femme n'est pas censée faire entendre sa voix.

Entendons-nous (ah ah ah) : la femme a évidemment le droit de parler, mais pas de chanter. Du moins si un homme est susceptible de l'entendre. Pourquoi?

Car il pourrait être séduit.
(Silence de rigueur)

 
De même, une femme ne peut porter de manches au-dessus du coude ou de jupes au-dessus du genoux. Pourquoi? Mutadis, mutandis : si un homme la voit, il pourrait être séduit.
(Silence et yeux fermés, s'il vous plaît)


Bon, je suis cynique car cela me met hors de moi.  Car cela relève de règles écrites par des hommes et pour des hommes (les fa-quoi? Les femmes? Qu'est-ce donc?)  au Moyen-Âge, à partir de ce qui fut pendant des millénaires la "Loi orale".

Résumons : il y a un texte biblique, donc sacré. Et une Loi orale, transmise de générations en générations, et codifiée au Moyen-Âge.

Cette loi orale traite de tous les sujets de la vie juive, notamment les sujets sus-évoqués : pudeur (ou modestie) féminine. Pudeur qui implique la séparation des hommes et des femmes, afin d'éviter aux hommes d'être tentés par les femmes.

 
Maintenant, place à ma position - qui n'engage que ma personne au demeurant.


Je m'inscris en faux avec tout cela. Je considère que ces règles de pudeur ont été transmises et écrites par 50% du peuple juif (les détenteurs de chromozomes XY) pour asservir les autres 50% (les XX). Je considère ces règles comme discriminantes.

Discrimination, oui. Car que je sache il n'est pas interdit aux hommes de chanter, ni de se balader en caleçon ou en Marcel s'ils le souhaitent. Pourquoi?
Car il est évidemment exclu que les hommes puissent séduire par leur ramage ou leur plumage... (en même temps, que celui ou celle qui est séduit par un homme en Marcel se désigne de suite! bon, ok, je sors, c'était juste une tentative d'alléger le propos...)

Parce que les femmes sont bien au-dessus de cela? Parce que les femmes sont vertueuses ?

Foutaises. Le discours fondateur, qui est de dire "Les hommes fonctionnent sous la ceinture et les femmes au-dessus" est faux et discriminatoire. Bien pire encore, il a été érigé per se comme l'argument irrévocable soutenant l'ensemble des règles qui figent l'asymétrie des droits (et devoirs) entre hommes et femmes dans le judaïsme. Asymétrie des droits, donc discrimination. 

 
Je ne nie pas les différences biologiques entre hommes et femmes. Mais selon moi elles sont d'un tout autre ordre (force musculaire plus importante et voix plus grave pour les hommes...) Et quand bien même il existerait une différence dans le taux d'obsession sexuelle entre hommes et femmes, elle serait marginale (biologiquement parlant).

ll suffit de fréquenter des personnes qui s affranchissent de ce que la société projette sur eux pour se rendre compte qu on est proche du 50/50, au pire dans du 60/40 (plus d'hommes) Je vais parler de manière terre-à-terre : je connais autant, si ce n'est beaucoup plus de femmes hyper-phalliques que d'hommes hyper-phalliques.

Nous sommes clairement à des années-lumière du 100/0 que tentent de nous faire avaler les machos qui ont inventé la partie de la loi orale relative a la pudeur. Le plus grave étant que ces mêmes machos veulent nous faire croire que cette notion de pudeur qui ne s'applique qu'aux femmes s'agirait de l exégèse la plus fidèle que l'on puisse faire du texte biblique!!!

 (au secours, les bras m'en tombent!)

 
Alors comment se fait-ce que la théorie du 100/0 convainc autant de monde, y compris des femmes?

Car l'homme est un animal de culture. Oui, j'affirme que ceci n'est qu'une construction culturelle.
 
Car depuis leurs plus jeune âge, on montre et on dicte (nous, les mères et les pères) à nos filles et à nos garçons le comportement que la société attend d'elles / d'eux.

On leur dit qu'elles sont jolies et élégantes / on leur dit qu'ils sont débrouillards et malins.

On  leur dit - à elles - "sois belle et tais-toi". Et on  leur dit - à eux - que la vie réussit aux virils, aux vrais mecs, quoi!

On  leur dit - à elles - d'allumer les bougies, de préparer le repas de shabat, de se faire belles pour accueillir le shabat (... et pour séduire un homme qui va leur faire de beaux enfants)

On  leur dit - à eux - d'étudier la Torah car étant moins vertueux que la femme (l'homme ne pense qu'au sexe, rappelle-toi mon garçon), l'homme doit étudier et prier pour s'élever spirituellement.

On va génitaliser le corps de nos filles à outrance, en se focalisant dessus pour les complimenter et leur expliquer que c'est par ce corps (qu'on ne veut voir) qu'elles vont se réaliser : séduction (du mari), puis maternité (porter les enfants, principal dessein de la femme, malheur à qui n'en veut pas....)

 

Voilà ce qui me tient à distance du monde juif orthodoxe non égalitaire (car il existe un monde juif orthodoxe égalitaire, dit "modern orthodox" - particulièrement répandu aux Etats-Unis et en Israël)

 
(et une fois que nous aurons résolu cette histoire d'égalitarisme, nous pourrons aborder d'autres questions : place des couples de même sexe dans nos religions, etc.)
 

mardi 21 avril 2015

La Gestation pour Autrui. Et pourquoi pas? Et pourquoi pas moi?


Chers amis,

 Aujourd'hui je souhaite aborder un sujet délicat : la Gestation pour autrui (GPA). Je sais à quel point ce sujet cristallise un certain nombre de craintes liées à la conception actuelle et future de la famille. Et pourtant, je vais l'aborder en vous expliquant pourquoi personnellement j'y suis favorable et dans quelles conditions. Plus encore, je tenterai d'analyser pourquoi je suis moi-même tentée de porter un enfant pour autrui. Cette analyse je la mène d'abord pour moi. Je la diffuse ici afin qu'elle puisse enrichir le débat, afin de constituer une base de discussion. Vos réactions, du moment qu'elles sont bienveillantes et constructives, sont tout à fait bienvenues.

 J'aimerais d'abord placer quelques repères dans ma réflexion. De confession juive, j'ai été bercée dans mon enfance par le récit de la Genèse. Notre Sainte Bible (pour au moins trois grandes religions monothéistes) est un ouvrage pragmatique. Nos Pères, nos Patriarches, vivent certaines expériences et émotions d'une humaine banalité. L'amour, la jalousie, l'arrogance, la colère... Mais aussi l'infertilité. La transmission étant au cœur du message monothéiste, l'infertilité ou l'impossibilité de concevoir pour transmettre appelle une réponse.

Ainsi Abraham prend-il - à la demande de sa femme Sarah - pour maîtresse Agar, l'Egyptienne. De même, Jacob s'accouple-t-il avec les servantes de Rachel (Bilha) et de Léa (Zilpa). La Genèse est marquée par ces GPA complètes (Léa et Rachel élèvent les 12 enfants de Jacob comme étant les leurs) et incomplètes (Abraham ne peut, à la demande de Sarah, élever Ismael aux côtéss d'Isaac...)

Or, derrière les arguments des anti-GPA, on entend trop souvent l'idée qu'on voudrait créer ex nihilo une conception nouvelle, délirante, contre-nature de la famille. Aussi j'invite les personnes qui avancent de tels arguments à considérer la Sainte Bible comme un brûlot révolutionnaire et anarchiste!

Je pourrais traiter de la même manière le sujet de l'adoption (inhérent a la démarche de GPA), en citant les exemples de Jonathan, adopté par le roi David. L'exemple prend une dimension encore plus frappante (car relevant d'une transmission intensément spirituelle et mystique) dans l'itinéraire de certains prophètes, je pense en particulier à l'adoption d'Elisée par Élie.

En somme, la Bible est le premier ouvrage à pointer du doigt l'existence de liens du cœur parfois infiniment plus puissants que ceux du sang.

 
Revenons au 21ème siècle, revenons à ma démarche. Je suis une personne adoptée. Je ne peux écrire "enfant adoptée", puisque je l'ai été officiellement à l'âge de 31 ans. Mon histoire est quelconque : des parents divorcés lorsque j'avais 6 ans (ils vivent séparés depuis que j ai 4 ans). Un beau-père généreux et aimant, qui nous a toujours considéré comme ses enfants, sans jamais exiger de nous de réciprocité. Il assume tout ce qu'un père assume (les nuits blanches lorsque nous sommes malades, les heures d'angoisse avant et après les examens et les concours...)
A la mort du père biologique, il nous propose (à mon frère et moi) de manière ouverte et détachée (le refus était facile) l'aventure de l'adoption. Mon ressenti? Le statut nouvellement acquis reflète enfin la réalité des 25 années qui ont précédé :des liens du cœur plus puissants que ceux du sang

Alors je suis prête, moi adulte adoptée, à envisager cela. L'envisager intellectuellement, physiquement. Je suis prête aujourd'hui à imaginer qu'un enfant né de mes entrailles, a fortiori s'il a été conçu après mure réflexion - idéalement dans un cadre adapte (suivi psychologique, sociologique, médical) - puisse grandir au sein d'un foyer dont le noyau est un couple ne pouvant concevoir - fussè-t-il de même sexe.

Que celui qui ne s'est jamais senti impuissant en écoutant un couple en mal d'enfants me jette la première pierre...

Alors je veux croire qu'en matière de GPA, nous pouvons dépasser le schéma trop souvent évoqué de consommation , de consumérisme appliqué à la parentalité, de marchandisation des âmes et des corps.

Je veux croire que l'on puisse envisager l'existence de filiations basées sur la transmission.  Une transmission comparable à celle de l'Alliance, qui s'affranchit des liens du sang, pour replacer au centre le sens (pourquoi avoir des enfants?), l'amour et l'éducation.

Ces propos peuvent faire sourire, être considérés comme des élucubrations d'une jeune personne idéaliste, célibataire et en mal d'enfants, qui se construit de toutes pièces une justification pour concevoir un enfant. Or il en est tout autrement.

Ces propos peuvent soulever des remarques pertinentes, quoique teintées de scepticisme. Ainsi seule une femme qui n'aurait pas porté d'enfant durant 9 mois, qui n'aurait pas vibré jour et nuit au diapason d'un fœtus, qui n'aurait pas vécu ce moment d'intense angoisse et bonheur qu'est l'accouchement... Pourrait envisager de "transmettre" un enfant. Or il en est tout autrement.

 

Pourquoi s'offusquer de ce que quelques couples ne pouvant concevoir s'appuient sur nous - car étant mariée, cette décision est prise conjointement avec mon époux - pour devenir parents?

Pourquoi s'offusquer que mon mari et moi, parents de trois enfants, cadres supérieurs menant de belles carrières, ayons envie de donner la vie, au sens littéral?

Notre engagement est un don, il n'est point question de vendre le fruit de mes entrailles.
Notre engagement n'a d'autres leviers que la générosité et l'envie de transmettre.
Notre engagement est une proposition pour que puissent naître des enfants dont la venue a été précédée d'une réflexion immensément nécessaire.

D'ailleurs, il serait opportun - mais là n'est pas le sujet - que ne puissent naître que des enfants dont la venue a été précédée de cette réflexion.

Pourquoi pointer du doigt la parentalité réfléchie et "aidée" (par des couples et des familles comme la notre)?
Pourquoi refuser à ces couples infertiles de fonder un foyer?

Et ce alors que naissent chaque jour des dizaines enfants (d'unions naturelles), dans des familles n'ayant pas désiré ni prévu ces enfants.
Dans des famille n'ayant pas les moyens (affectifs, financiers) ni l'envie de donner le meilleur à ces enfants
Dans des familles déjà amputées de moitié (le papa est parti des qu'il a su, ou pendant la grossesse ou après la naissance)
Dans des familles où la réflexion et l'anticipation (quelle décision prendre si l'enfant est atteint de maladie, d'anomalie) faisant défaut, la famille a tôt fait de voler en éclats.

 
La monoparentalité ne choque point (elle concerne quelques millions de foyers), bien qu'occasionnant des difficultés majeures notamment pour l'équilibre des enfants (je peux témoigner puisque j'en ai moi-même fait les frais). Si  l'intérêt supérieur de l'enfant doit primer, alors la monoparentalité - bien que souvent la moins pire des solutions - n'est pas optimale. Elle ne permet pas à l'enfant d'avoir deux parents s'aimant et aimant, qui se passent le relais dans l'éducation des enfants et dans la direction du foyer. Elle n'est pas en soi un gage d'équilibre et d'harmonie.

La monoparentalité  ne choque point, malgré tout cela, car elle est le fruit d'une procréation dite naturelle.

En revanche, la parentalité de quelques milliers de couples infertiles, qui souhaitent chérir un enfant depuis longtemps désiré, un enfant qui aura la chance d'etre aimé, choyé, éduqué, accompagné et guidé par un couple stable, harmonieux et équilibré...

Est choquante?

 

Mais quelle est donc cette société qui fait primer l'animalité de la parentalité sur l'intérêt supérieur de l'enfant?

Quelle est donc cette société qui refuse à certains le bonheur que d'aucuns ne peuvent ni ne veulent apprécier?

Quelle est donc cette société qui ferme les yeux sur l'existence d'une filiation, vieille comme le Monde, qui permet une transmission en s'affranchissent des liens du sang?