Bonjour et bienvenue

« Si je ne suis pour moi, qui le sera ?
Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ?
Et si pas maintenant, alors quand
? »

(Hillel, Les Maximes des Pères)

Alors voici ce blog. Pour moi. Pour toi, lecteur. Pour ici, et maintenant.


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mardi 18 avril 2017

Il faut relire Dustan


Difficile de parler de l'œuvre de Dustan sans être rattrapée par les sentiments que l'on développe pour l'auteur. La personne, le personnage, est clivant. Il faut le dire.




Pour ma part - et ce n'est pas un sentiment, je vous l'accorde - ce fut durant 34 ans l'ignorance, donc de fait une indifférence totale. Une série de petits hasards concomitants m'ont fait croiser sa route. Il y a, dans mon apprentissage, mon travail personnel, un avant et un après Dustan. D'où cet article, pour partager une source d'élévation (ce qui nous fait grandir mérite bien ce terme, non?)


Après que son nom soit arrivé sur ma route, j'ai - comme tout bon Millenial -  commencé par regarder sur YouTube les prestations médiatiques de Dustan. J'avais envie de pleurer - pour lui. Impression qu'il se donnait en pâture à ses détracteurs. Quelque chose m'a touchée, une forme de fragilité qui tisse son chemin entre deux urgences : celle de ne pas vouloir plaire. D'avoir abandonné sciemment cet écueil dans lequel on nous éduque et qui consiste à rechercher en priorité une forme d'harmonie, de consensus, à chaque pas que l'on esquisse. Cela avilit, enferme la pensée dans une bienséance mondaine, bourgeoise (ou populiste, c'est au choix). Dustan l'a compris, et il ne cherche pas l'assentiment. La deuxième urgence est un besoin d'être aimé pour ce qu'il est, en toute transparence. Etre aimé pour ne jamais totalement disparaître. Il est séropositif depuis janvier 1990 (Il a alors 24 ans). Il se sait condamné. Le temps est compté, il y a urgence.


C'est la clef pour comprendre le début de l'œuvre de Dustan. Sa trilogie première trouve son fondement dans ce que l'autobiographie - comme genre - nous a offert de plus sophistiqué et simple en même temps. Dans un genre totalement nouveau, énergisant et direct. Dustan s'offre, se raconte tel qu'il est. Plus d'imposture possible. Si on doit l'aimer (ce qu'il souhaite, sinon pourquoi écrire? Pour désespérément trouver un agrément paternel? Une tendresse éternelle de la part de ceux qui l'agréent déjà?) alors on l'aime pour ce qu'il est. Ou on le déteste.


Un mot sur cette trilogie : à mon sens, c'est une œuvre dure. Je souhaite ici rendre un immense hommage à Thomas Clerc pour la lumineuse préface qu'il nous offre dans les Œuvres I (éditions POL). Moi qui ait tendance à sauter allègrement les préfaces pour entrer dans le vif du sujet, j'ai frémi d'émotion tant Thomas Clerc éclairait la lecture, l'œuvre et le personnage.


Cette trilogie est à la fois simplissime et difficile d'accès. "Trop de sodomie dans ta prose" écrivait Virginie Despentes. Tellement juste, mais tellement nécessaire. En poursuivant l'œuvre de Dustan, on prend conscience qu'il fallait cette trilogie première pour pouvoir passer à la suite, pour pouvoir - enfin - dépasser ce qui est essentiel, consubstantiel à Dustan : le sexe (comme matière première de son identité, de sa construction mentale, politique, sociale et de son œuvre) pour aller vers le général, vers ce qui le dépasse pour devenir une œuvre utopique, un projet sociétal plein d'espoir (et de désespoir - Dustan savait qu'il mourrait avant que ce projet ne soit mis en œuvre).


Et pourtant, avec le mariage pour tous - 2013, Il s'en est fallu de peu pour que Dustan, décédé en 2005, ne voit le début de son projet prendre corps.



Si le monde n'est pas (encore) prêt à lire ou prose dustanienne, cela arrivera un jour. Le jour où l'urgence se fera sentir pour tout un chacun, et que le monde se partagera entre ceux qui projettent leur survie dans un monde ultra protégé, par la foi, le dogme, la religion, les idéologiques, le clan, l'obéissance à des règles dont personne ne conteste la légitimité, Ni la vertu.


Et ceux qui projettent leur salut dans un monde libre, libéré des contraintes qui pèsent sur nous depuis la tendre enfance. Il y a une utopie dans l'œuvre de Dustan. Une urgence de vivre libre - donc pas seulement de (sur)vivre. Il est possible de libérer l'homme du travail en recherchant les alignements existants entre travail et plaisir. A ce titre, Dustan est pour moi un héritier absolu de Charles Fourier.

Il est possible (nécessaire!) de remettre au coeur de nos vies ces plaisirs "coupables" ou brodés de mort : le sexe, la musique (la danse), la drogue. Et permettre à tout un chacun de s'adonner en toute liberté à ces plaisirs. Sans avoir à se déterminer dans un genre donné (Dustan revendique la coexistence pacifique d'un homme et d'une femme dans un même corps), une orientation sexuelle donnée. En mettant fin à une société patriarcale, monogamique, familiariste, sexiste, homophobe et raciste.


L'histoire a voulu que je dévore l'essentiel de l'œuvre de Dustan durant la semaine de Pessah, cette année. Cette fête juive (Pâques) durant laquelle nous célébrons la liberté - historiquement, la sortie d'Égypte.

"Considère-toi à chaque generation comme si tu étais toi-même sorti d'Égypte"

(Haggadah de Pessah)


Cette année, Dustan m'a faite sortir d'Egypte.
Le souffle de liberté qu'il provoque dans ma vie est sans retour possible.



PS, pour un aperçu, une bonne introduction.


mercredi 13 mai 2015

Parler de foi à nos enfants...


Aujourd'hui, je vous parle de foi. Ma "grande" a 4 ans et demi depuis quelques jours (d'ailleurs toute la ville est au courant, puisqu'elle ne cesse de le chanter à tue-tête à longueur de journée...)

Et elle commence à poser des questions. Sur cet "hashem" ("Le Nom", en hébreu dans le texte) dont elle entend parler dans les prières, les chants, les sermons...

Alors j'ai été ravie qu'une amie d'amie partage l'échange qu'elle a eu avec son enfant de 5 ans. Voici la traduction de cet échange publié en anglais (ils habitent New York)

Enfant : Maman, après que tu m'aies déposée à l'école, je peux te voir t'eloigner sur les caméras de surveillance. 

Maman : Oh ma chérie, c'est super!

Enfant : Et même que je te fais signe et que je t'envoie des bisous,  mais toi tu ne me vois pas...

Maman : Merci ma chérie. Je te renvoie des bisous dans ma tête.
Même si je ne te vois pas, je peux sentir ton amour.

Enfant : Eh, Maman tu sais, c'est exactement comme ça que Dieu est avec nous. Il peut nous voir, mais nous, on ne peut pas vraiment le voir. On sait qu'il nous aime, qu'il nous envoie des bisous dans sa tête et qu'il nous fait coucou par toutes les jolies choses qu'il fait dans le monde.

A ces mots, son cœur de Maman fond, et elle se met a étouffer son enfant de bisous

Enfant : Eh, Maman, tu n es pas obligée de m étouffer a chaque fois que je dis quelque chose de mignon!

lundi 23 février 2015

De l'art de parler de religion et d'altérité à nos enfants

Ma fille aînée (4 ans et 3 mois) s'est étonnée vendredi dernier - c'est la première fois - que sa nounou ne" fasse" pas shabat

 Je définis de suite ce que "faire shabat" signifie pour ma fille : c'est un dîner familial précédé d'un allumage de bougies et de chants d'accueil du shabat. Nous procédons également à la sanctification du vin (kiddoush) et du pain - miam, le pain brioché fait maison! - ainsi qu'à  la bénédiction des enfants par les parents.

Ah oui, j'oubliais le plus important : la mousse au chocolat en dessert (une tradition très shabatique chez nous!)


Bon, revenons aux choses sérieuses. Certes, ma fille s'est étonnée... Mais ne m'a pas posé de questions!

Et je sens bien que sous ses airs de "grande" et en dépit d'une maturité certaine dans d'autres domaines, elle ne se pose pas encore de questions.

Ouf. Cela nous laisse un peu de temps (peut-être quelques heures - sait-on jamais ce qui m'attend ce soir en rentrant à la maison! ;)) pour peaufiner une réflexion.

En deux temps :
- comment aborder la question de Dieu avec mon enfant (la première fois)
- comment l'éveiller à l'altérité ?


Au risque de paraître un peu dramatique, ces questions d'apparence basique sont cruciales : les mots que nous allons employer pour répondre à notre enfant formeront une esquisse.

L'esquisse d'une identité, qu'elle s'appropriera un jour pour devenir une citoyenne, citoyenne française, citoyenne du monde. Citoyenne qui se déterminera par rapport au judaïsme de ses parents.

L'esquisse également de ce fameux vivre-ensemble, qui nous parle tant (à nous, ses parents).

 Responsabilité vertigineuse que la nôtre!


1. Parler de Dieu à notre enfant

Mon mari et moi en avons parlé, et voici la manière avec laquelle nous envisageons d'aborder le sujet.

Nous attendons que la question vienne de l'enfant (après chacun fait comme il le sent) Nous ne sommes ni des professionnels de l'enseignement, ni rodés en la matière (c'est l'aînée...) Aussi sommes-nous bien conscients que nous ferons des erreurs, mais surtout nous ferons de notre mieux...

 Nous allons partir de notre expérience, et de notre témoignage.

Autant éclaircir le sujet de suite (ou plutôt le synthétiser car à lui-seul, on pourrait en écrire quelques livres), le judaïsme est pour nous : une foi (croire en Dieu), une culture (à ce titre, notre fille est "juive" dans le sens où elle est déjà associée à des rituels - mousse au chocolat et bougies, etc. - qui empruntent plus à la culture qu'à autre chose...) et un peuple (appartenir au "Peuple Juif")

Notre expérience : si nous effectuons certains actes (aller à la synagogue, célébrer shabbat, etc.) c'est parce qu'ils ont un sens pour nous.

Notre témoignage : ils ont du sens car nous pensons que le monde a été fabriqué par Dieu (à développer en répondant à ses questions). Nous croyons que Dieu existe.

Et nous allons à la synagogue pour le remercier, le prier. Nous célébrons shabat pour nous rappeler qu'il a fabriqué le monde... et qu'il nous appartient à nous de prendre soin de ce monde.

De le rendre meilleur

2. L'éveiller à l'altérité

Une première chose : lui expliquer qu'il est possible que le monde n'ait pas été fabriqué par Dieu. Papa et Maman ont décidé de croire cela.

Chacun est libre de penser ce qu'il veut, car en fait, personne n'en sait rien (essayer de lui expliquer la différence entre un savoir et une croyance...) Comme tu le vois, c'est très personnel. Aussi, c'est très important de respecter ce que chacun croit.

 Une deuxième chose: Papa et Maman ont décidé de croire que Dieu existe. Et nous le remercions pour tout ce qu'il fait à notre façon.

D'autres personnes le remercient d'une autre manière : en allant à l'Eglise, ou à la mosquée. Pour cela aussi, chacun est libre de l'exprimer à sa façon et il faut le respecter.

Dans ta classe, dans notre travail, nous avons la chance d'avoir plein de gens différents : des gens qui pensent que Dieu existe, d'autres qui pensent que Dieu n'existe pas.

Des gens qui n'en savent rien du tout, des gens qui veulent le remercier en allant à la synagogue, à la mosquée ou à l'Eglise, ou au Temple. D'autres qui gardent cela dans leur cœur.

Le plus important, c'est de respecter ce que chacun pense, et de construire quelque chose de beau avec tout ce mélange : des amitiés, des projets, des dessins...